« Que ton aliment soit ta seule médecine ! »

Terre de Touraine – Philippe Guibert – 2015

En 400 avant JC, Hippocrate conseille déjà à ses congénères de porter une attention particulière à leur alimentation. Un précepte toujours d’actualité comme l’explique une diététicienne tourangelle.
Kg/TxT (m²) = ?…ne tremblez pas devant cette formule impitoyable. Sans indiquer le poids idéal, l’indice de masse corporelle qui en résulte donne des balises, allume des clignotants (lire encadré). Ceci dit, pour sa santé, pour le regard des autres, pour la considération que l’on a de soit même, il est utile de savoir où l’on n’en est. Certains y arrivent seuls, d’autres ont recours à un professionnel.

« Campagne, ville ? La problématique face au risque de surpoids, d’obésité ou d’anorexie est la même. Les gens viennent me voir car ils ne sentent pas bien ou s’inquiètent pour leurs enfants qui s’arrondissent ou au contraire rejettent l’alimentation » explique cet ingénieur en nutrition, installée à Tours mais consultant aussi en milieu rural. Les campagnards ont souvent gardé la tradition du « on mange beaucoup car on travaille dur. » Sauf que les précédentes générations reprenaient la fourche ou la charrue après le repas, les enfants allaient à l’école à pied. Maintenant en caricaturant on monte dans un tracteur chauffé et on commande l’hydraulique du bout des doigts. Les enfants sont déposés au portail de l’école par une voiture ou un bus. Les besoins en calories sont complètement différents. Et ce que le corps ne brûle pas, il le stocke.

Une perte de liberté

La praticienne constate un surpoids chez les 25-40 ans que n’avaient pas leurs parents. Les habitudes alimentaires ont changé, la consommation d’aliments hyperindustrialisés, fortement déséquilibrés, trop salés, a remplacé une cuisine régionale qui faisait la part belle aux légumes du jardin. « En 1965, un enfant sur trente était en surpoids, on en dénombre six désormais. » commente Virginie Charreau. Un phénomène qui affecte les enfants en France depuis plus d’une quinzaine d’année.
Eux aussi peuvent avoir tendance à se laisser aller. Une alimentation trop riche, un manque d’exercice, de sommeil, de l’angoisse, l’habitude du grignotage de nourritures riches en sucres, en graisses. Or un surpoids chronique, handicape le quotidien, génère de l’essoufflement à l’effort, pèse sur les articulations, le corps est rapidement sujet à des pathologies, à une usure précoce et l’espérance de vie est raccourcie. « La personne en surpoids, n’est plus libre, elle est d’une certaine manière asservie. » poursuit la diététicienne. Le retour à une bonne hygiène de vie n’est pas si facile et un accompagnement permet de la retrouver plus ou moins  rapidement. « En se posant les bonnes questions, on construit une stratégie, on passe du « je subis et j’en suis mal » à « j’agis pour mon bien ». Le point de départ c’est soi-même, c’est à partir de là que l’on peut changer des comportements subliminaux durablement. »

Le praticien doit en partant d’une démarche diététique faire entrer son patient dans un nouvel art de vivre, où il revoit sa façon de manger, de cuisiner, d’acheter, de bouger. Pas question d’arrêter de se faire plaisir en mangeant, en buvant mais il faut le faire en conscience, en qualité et en quantité. « Plus on sera éduqué à une alimentation de qualité, avec du goût, de la consistance, plus on réduira la quantité ingérée. Le corps indique, oriente. Si l’on y prête attention, on verra qu’après une certaine quantité, l’aliment en bouche ne procure pas le même plaisir. C’est le signal du corps disant, « de cela, j’en ai assez». »
Virginie parle, écrit, dessine pour faire passer le message des champs du possible à ses patients pour qu’ils reprennent les rennes de leur santé. Avec eux elle écrit leur journal alimentaire, encourageant les points forts, optimisant les points forts. « On peut remplir un pot avec des gros cailloux, il est plein mais entre on peut encore ajouter des graviers, puis du sable et puis de l’eau. Mon travail consiste à montrer les gros cailloux. »
Articles Philippe  Guilbert

Avec le concours d’une diététicienne chacun peut se poser les bonnes questions, on construit une stratégie, on passe du « je subis et j’en suis mal » à « j’agis pour mon bien ».

Kg/TxT = ?
Pour calculer son indice corporel il faut diviser le poids par le carré de la taille (en mètre). Soit pour une personne d’1,80 m pesant 81 kg : 81/1,80² = 81/3,24 = 25
Le poids « idéal » est compris entre 20 et 25 d’indice
En dessous de 20 ou au-dessus de 25, il faut s’alerter pour revenir dans la fourchette. Au-delà de 30 on est en surpoids avec risque pour sa santé. Au-delà de 35, l’état est qualifié d’obésité morbide.

Grossir et maigrir : Le challenge d’un couple

Qui de Daniel ou d’Armelle a eu l’idée de prendre rendez-vous avec la diététicienne? Peut être elle…Toujours est-il que le regard d’un spécialiste a balayé leur quotidien et mis le doigt sur les petites habitudes à changer pour l’un et pour l’autre.
Lui voulait grossir et elle, maigrir (un peu), pas si facile quand on mène une vie régulière et que l’on a l’impression de bien se nourrir, d’être normalement actif. Et puis l’idée de se faire aider par un professionnel de la nutrition est arrivée sur la table. Pourquoi pas, qu’est-ce qu’on risque ? Choix judicieux, lui a repris du poil de la bête (il a auto-construit sa maison) mais reste mince ; elle, a gentiment fondu sachant qu’à la retraite, la silhouette idéale n’est plus forcément la gravure de mode. Lui, 68 ans avait dû batailler contre un cancer en 1970 suivi d’une opération cardiaque en 2000 sur un cœur abimé par les rayons. Avec une courbe de poids en montagne russe, il n’arrivait à pas stabiliser sa masse dans le haut. « Ce qui est étonnant c’est qu’aucun médecin n’ait mis le doigt sur la nécessité d’augmenter un peu une masse corporelle fragilisée » regrette le couple.  Vivant sainement à la campagne elle et lui estimait avoir de bonnes habitudes alimentaires. « Nous pouvions être qualifié de flexitariens, explique doctement Armelle, « c’est-à-dire que dans nos assiettes on limitait le gras, la viande et le poisson. En fait là était l’erreur, nous croyions bien faire pour notre santé mais notre régime était carencé en protéines. » En le modifiant selon les conseils de la diététicienne dans sa composition et ses horaires, Daniel qui a ajouté un « dix heures » et un « quatre heures » assimilent mieux et a repris 5,7 kg. « Virginie nous a appris que les protéines contrairement aux graisses ne se stockaient pas, qu’il fallait pour Daniel éviter les petits creux. Nous avons rencontré la diétécienne au début sur une fréquence de huit jours. Pour notre cas les consultations duraient entre une heure et une heure et demi, un suivi de six mois qui revient à moins d’un euro cinquante par jour . Quant à moi, j’avais tendance à avaler un peu vite, un peu plus pour inciter Daniel à grossir. Ce que j’ai retenu, c’est qu’il faut manger lentement tout en ayant à l’esprit que ce que l’on ingère nous fait du bien. Qu’il faut préférer les matières grasses liquides aux solides. En notant notre façon de vivre, la diététicienne cerne notre environnement, notre personnalité, nos petits penchants. Alors avec pédagogie, un peu comme un psy, elle motive, elle incite par petites touches elle modifie par des menus, des rythmes, des quantités, nos mauvaises habitudes. Elle nous emmène sur un parcours du mieux être, une course de fond que l’on accompli à notre rythme. »

Daniel et Armelle, habitants du bourgueillois :  « En notant notre façon de vivre, la diététicienne cerne notre environnement, notre personnalité, nos petits penchants. »

 

0 réponses

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *